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Avec Racines Barbares, les histoires parlent toutes les langues.

À travers ses ateliers, ses spectacles et ses projets menés dans les écoles, les bibliothèques ou auprès des familles, Racines Barbares fait vivre le plurilinguisme au cœur du 18ᵉ arrondissement. Partenaire essentiel de la Cité éducative sur l'axe interculturalité, l'association accompagne enfants, parents et professionnels pour faire des langues une richesse à partager. Rencontre avec Géraldine Baron, fondatrice de Racines Barbares, qui nous ouvre les portes d'un univers où chaque langue a une histoire à raconter.

1.     Racines Barbares est un nom qui intrigue. Comment est née l'association, pourquoi ce nom et quelle est sa mission ?
C’est en mangeant une tarte à la rhubarbe que nous avons choisi ce nom, avec la présidente de l’association. Nous aimions bien la sonorité du mot rhubarbe et, à force de jouer avec, de le faire tourner dans notre bouche — « Rhou Barba » —, nous avons eu envie d’aller voir son étymologie. « Rhu » pour racine et « barbe » signifiant « de Barbarie ». Dès que nous avons prononcé le nom Racines Barbares, nous avons su que c’était le bon. Le paradoxe était trop beau !  

Les racines, c’est ce qui nous ancre à la terre et à un lieu. Au groupe aussi. À l’inverse, ce qui est barbare, c’est la partie non civilisée de nous qui nous permet de créer et de repenser le monde. Et là-dedans, nous pouvons tous et toutes nous reconnaître. Les racines sont aussi ce qui nous permet de faire groupe en société, ce qui nous ancre dans des traditions et à la culture. Le côté barbare, lui, nous permet de nous en détacher pour créer, innover, révolutionner. C’est ce qui permet aux racines de bouger, d’être vivantes. Nous sommes tous des barbares par rapport à nos racines !

Par ailleurs, le mot barbare a longtemps été utilisé comme une insulte pour désigner celles et ceux que l’on ne comprend pas (le terme venant de l’onomatopée « blabla », qui imitait une langue étrange). Pour nous, au contraire, c’est une force et un mot qu’il s’agit de se réapproprier.

L’association est née de la volonté de valoriser le plurilinguisme et les langues familiales, tout en créant des espaces de jeu, de création et d’échange autour des langues. Nous souhaitons offrir à chacun la possibilité d’expérimenter librement différentes formes d’expression, à travers la littérature, le dessin, le théâtre ou la musique. Pour cela, nous proposons notamment des temps de narration plurilingue à l’aide d’un outil innovant : le kamishibaï.

2.     Vous intervenez dans les écoles ou auprès des familles. Concrètement, que fait Racines Barbares pendant une année ?
Notre objectif est de faire vivre les langues du monde au quotidien, en créant des occasions de les partager, de les transmettre et de les célébrer avec les enfants, les familles et les habitants du quartier.

Pour y parvenir, notre activité s'organise autour de trois grands axes : imaginer des projets, les faire vivre sur le terrain et créer.

Une partie de notre temps est consacrée à concevoir de nouveaux projets, développer des partenariats et rechercher les financements qui nous permettent d'agir.

Sur le terrain, nous intervenons principalement dans les écoles, les bibliothèques, les structures sociales et médico-sociales, ainsi qu'auprès des familles. Nous y proposons des spectacles de kamishibaï, des ateliers de création de récits plurilingues, des semaines des langues, des cafés des parents et des projets où les enfants écrivent, illustrent et racontent eux-mêmes des histoires en mobilisant les langues de leur famille. Nous participons également à de nombreux événements de quartier pour faire vivre ces langues dans l'espace public.

Enfin, nous enrichissons en permanence la dimension artistique de notre action en créant de nouveaux spectacles, des outils pédagogiques et des ateliers qui invitent petits et grands à jouer avec les langues, les récits et l'imaginaire.

3.     Dans la Cité éducative de Paris 18e, certains enfants grandissent avec plusieurs langues. Pourquoi est-il important de valoriser ces langues à l'école plutôt que de les laisser à la porte de la classe ? 
L’école représente au moins la moitié de la vie des enfants. Il est donc essentiel qu’une part aussi importante de leur identité et de leur histoire y soit respectée et valorisée. Il est tout aussi primordial, dans le travail de l’association, que les parents soient reconnus et soutenus dans la transmission de leurs langues maternelles. Ces langues constituent une richesse immense et prennent une dimension encore plus forte lorsqu’elles trouvent leur place au sein même d’un lieu dédié à la transmission des savoirs.

4.     Question essentielle : comment explique-t-on ce qu'est un kamishibaï à quelqu'un qui n'en a jamais vu ? 
Un kamishibaï est un cadre en bois, appelé butaï, muni de petits volets à l’avant et d’un interstice à l’arrière dans lequel on insère une vingtaine de planches illustrées. Le public voit les images tandis que la conteuse lit le texte situé au dos des planches. Au fil du spectacle, le conteur fait défiler les illustrations en les faisant glisser une à une, créant ainsi une impression de mouvement dans les dessins. Le kamishibaï permet de raconter une histoire tout en gardant les mains libres, ce qui offre une grande liberté de jeu et permet de conter avec tout son corps. Il est également possible de se cacher derrière le butaï, un aspect qui plaît beaucoup aux enfants, à qui nous apprenons à raconter des histoires avec cet outil.

5.     Parmi toutes les rencontres que vous avez faites avec les enfants, y a-t-il une anecdote ou un souvenir qui résume particulièrement bien ce que Racines Barbares cherche à transmettre ?
Lorsque nous croisons des enfants dans la rue avec leurs parents et qu’ils viennent nous dire bonjour et nous apprendre de nouveaux mots dans la langue de leurs parents, avec fierté, alors je me dis que quelque chose a pris racine. Comme nous vivons dans le 18ᵉ arrondissement, ces rencontres sont fréquentes, y compris le dimanche matin. Elles nous donnent le sentiment que ce projet s’inscrit dans une dynamique collective qui dépasse largement le cadre professionnel.

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Parfois, les enfants nous appellent « Racine Babar », et nous trouvons ça formidable.  Le nom se transforme au contact des autres : c’est aussi cela, la beauté des langues, elles sont vivantes, évoluent et se réinventent sans cesse.  Nous nous nous rêvions amazones linguistique et nous nous retrouvons à être reines des éléphants ! C'est la vie des rencontres et des histoires ! 

6.     Si vous aviez un mégaphone géant capable d'être compris dans toutes les langues du monde, quel message aimeriez-vous transmettre aux enfants du 18e arrondissement ?
 « Restons barbares ! » 
(comme le dit Louisa Yousfi)