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La main d'Omar dans celle d'Aïcha : une semaine qui a tout changé
Cet été, pour la deuxième année consécutive, la Cité éducative de Paris 18e a permis à 16 familles ayant un enfant en situation de handicap de partir une semaine en vacances. Au total, 60 personnes - 23 adultes et 37 enfants - ont bénéficié de quatre séjours, organisés par la Ligue de l’enseignement, à Mondonville et à Aspet, en Haute-Garonne, ainsi qu’à Arêches-Beaufort, en Savoie.
Financés par la Ville de Paris, ces séjours s’adressaient à des familles aux revenus modestes, dont certaines vivent en hôtel social ou connaissent des conditions de vie particulièrement précaires. Ils leur offraient à la fois de véritables vacances en famille et des temps de répit pour les parents. Transport depuis Paris, pension complète, activités et équipe d’animation dédiée à l’accompagnement des enfants en situation de handicap : tout était prévu pour que chacun puisse profiter pleinement de la semaine.
ZOOM SUR LE SÉJOUR À ARÊCHES-BEAUFORT
Le dernier séjour de l’été s’est déroulé du 23 au 29 août à Arêches-Beaufort. Quatre familles de la Cité éducative sont parties en Savoie, accompagnées par Sofia Ben Yahmed, coordinatrice du plan d'actions TND (troubles du neurodéveloppement) de la Cité éducative. Elle nous livre son regard sur ce séjour, entre émotion et enseignements professionnels.
La rencontre d’Omar et d’Aïcha
Entre les promenades en montagne, les jeux, les activités et les trajets en bus, des liens se sont progressivement noués entre les enfants comme entre les parents. Celui qui s’est tissé entre Omar et Aïcha, tous deux âgés de 6 ans, illustre de manière particulièrement touchante ce que ces quelques jours partagés ont rendu possible.
Omar présente un trouble du spectre de l’autisme sévère. Sa communication est restreinte et il entre habituellement peu en relation avec les enfants de son âge. Aïcha, qui a elle aussi des besoins spécifiques mais communique plus facilement, s’est naturellement rapprochée de lui.
Le lien s’est créé autour de la passion d’Omar pour l’alphabet, qu’il sait déjà lire. Curieuse et bienveillante, Aïcha s’est intéressée à ce qui le captivait, lui offrant ainsi un espace rassurant pour entrer progressivement en relation.
Au fil des jours, Omar s’est ouvert à elle et a réalisé de très beaux progrès dans ses interactions avec les autres. Lors d’une promenade, il a accepté de donner la main à Aïcha : un geste simple en apparence, mais particulièrement fort pour l’enfant, sa famille et les personnes qui les accompagnaient.
Cette amitié naissante ne s’arrêtera pas avec les vacances. Les deux enfants et leurs mères ont prévu de se retrouver chaque samedi lors de l’atelier parents-enfants organisé par la Cité éducative à l’Espace Fournière.
Les prénoms des enfants ont été modifiés afin de préserver leur anonymat.
Entre les mères, une solidarité appelée à durer
La richesse du séjour tient aussi aux liens qui se sont créés entre les mères. Elles ne se connaissaient pas nécessairement avant le départ et venaient d’horizons culturels très différents. Pourtant, le partage d’une semaine de vie quotidienne a rapidement fait émerger une véritable proximité.
Toutes connaissent les exigences particulières liées à l’accompagnement d’un enfant en situation de handicap : la vigilance permanente, la fatigue, les inquiétudes pour l’avenir, les démarches à accomplir ou encore le sentiment d’isolement. Pendant le séjour, elles ont pu échanger avec des personnes capables de comprendre ces réalités sans qu’il soit nécessaire de longuement les expliquer.
Cette compréhension mutuelle a favorisé une parole libre, mais aussi une entraide très concrète dans les différents moments de la semaine. Chacune a pu partager son expérience, observer d’autres manières de faire et trouver auprès du groupe une présence rassurante. Le séjour leur a ainsi offert du répit, mais également la possibilité de ne plus porter seules, pendant quelques jours, les difficultés du quotidien.
Peu à peu, les relations ont dépassé le simple cadre des vacances : des affinités se sont formées, et les mères ont déjà prévu de se retrouver après leur retour à Paris pour marcher ensemble ou réunir les enfants au parc.
Pour des femmes souvent confrontées à une grande précarité et à un fort isolement, ces liens constituent une ressource précieuse. Ils ouvrent la possibilité de s'appeler, de demander conseil, de partager une difficulté ou simplement de passer un moment ensemble. Le groupe formé en Savoie pourra ainsi devenir un point d'appui durable dans leur vie quotidienne au sein du 18e arrondissement.
Une relation de confiance renforcée avec Sofia
La présence de Sofia pendant toute la semaine a également donné une dimension particulière au séjour. Cette immersion lui a permis d’observer les familles dans leur quotidien, en dehors des rendez-vous ou des ateliers habituels, et de mieux comprendre leurs besoins, leurs ressources et leurs fragilités.
Surtout, le temps partagé a approfondi sa relation avec les mères. Les échanges informels, les activités et les différents moments de la vie collective ont renforcé une confiance qui sera essentielle pour la suite de l’accompagnement.
« Ma relation avec ces mamans s'est approfondie, la confiance est plus forte : je vais pouvoir mieux les accompagner dans cette parentalité compliquée et dans les difficultés parfois extrêmes de leur quotidien », résume Sofia Ben Yahmed.
Cette connaissance plus fine des familles lui permettra d'ajuster ses conseils tout au long de l'année scolaire. Pour certaines mères, il pourra s'agir de retrouver davantage de temps partagé avec leur enfant, notamment loin des écrans. Pour d'autres, l'enjeu sera plutôt de parvenir à lâcher prise sur certaines inquiétudes ou rigidités, afin de laisser l'enfant explorer plus librement son environnement.
Ces sujets sont parfois sensibles et difficiles à aborder. Ils peuvent néanmoins être travaillés différemment lorsqu'une relation de confiance s'est installée et que les conseils prennent pleinement en compte la réalité de chaque famille. Le séjour devient ainsi un véritable prolongement de l'accompagnement mené tout au long de l'année.
Un répit indispensable
Ces séjours rappellent combien le départ en vacances reste inaccessible à de nombreuses familles, plus encore lorsqu’elles disposent de faibles ressources et accompagnent au quotidien un enfant en situation de handicap.
Le répit n’est pas un luxe. Il permet aux parents de reprendre leur souffle, aux enfants de découvrir un nouvel environnement et aux fratries de vivre ensemble des moments différents. Il favorise également l’ouverture aux autres et la création de solidarités durables.
Les progrès d’Omar, son amitié avec Aïcha et les liens tissés entre les mères montrent toute l’utilité de ces projets. Pour les familles concernées, ils ne représentent pas seulement une parenthèse heureuse : ils peuvent devenir un véritable point d’appui pour la suite.

